Dimanche 5 février 2012
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Chronique de
l'album : Negative Liberty éveille en vous des sentiments étranges. Non pas de
la noirceur, ni un nihilisme clair, mais il y règne quelque chose de sombre. De très sombre. The Winchester Club s’intéresse ici à l’être humain. L’être humain sous un angle quasi
pessimiste, loin de l’animal sociable, du mythe du bon sauvage. L’être humain dans ce qu’il a de pervers, de profondément triste. Soit une mise en exergue non pas d’une bestialité primaire,
mais plutôt de ses actes intéressés, de l’état de guerre perpétuelle régnant chez l’humain même organisé en société, de ses travers et du pathétique. The Winchester Club déconstruit l’être humain, le présente sous un aspect résolument lugubre, mais sans tomber dans
l’excès de style, toujours sincère, réaliste. L’oeuvre vous creuse, créant des moments bizarres. Ce qui ronge le plus, c’est ce sentiment de solitude extrême qui s’empare directement de vous, qui
vous bouffe de l’intérieur, vous faisant perdre espoir. Oui, vous êtes seul au monde et oui, vous allez crever comme une vieille merde histoire que les verres aient à bouffer.
Negative Liberty, en posant des questionnements de philosophie politique imbibé d’un réalisme inconfortable,
fait très mal. Et au delà du fascinant contenu intellectuel, l’oeuvre déroute, tant la musique qui y est proposée se range au service des idées pour ne former finalement qu’un tout indissociable,
uni. The Winchester Club vous a à l’usure, avec des répétitions qui vous donnent le vertige, avec des boucles lancinantes qui vous éreintent, avec un son de basse qui sature et qui dérange même
les haut-parleurs, avec un aspect épic qui pourrait très bien se faire passer pour atmosphérique mais qui vous tire plutôt (six pieds) sous-terre. Et finalement, avec un registre certes glacial,
mais honnête. La musique du quintette londonien a tout pour être aérienne, mais ne l’est en rien. Très terre à terre, The Winchester Club maintient en effet les pieds ancrés dans le sol, vous
faisant rester là, seul, au beau milieu du monde.
Et lorsque les quelques frêles notes de “The End Of History“ viennent définitivement sonner le glas de
l’espoir, on entend un désert dans chaque instant. Les notes glissées sont comme des flèches vous rappelant que rien n’a de sens. Negative Liberty est une oeuvre immense, dont la
capacité évocatrice est sans limites, car les réflexions induites survivent même aux très nombreuses écoutes.
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